Le Portugal est devenu la dernière juridiction en date à ordonner à Polymarket de cesser ses activités. La plateforme de paris prédictifs, jusqu’ici relativement discrète dans le pays, s’est retrouvée sous le feu des projecteurs après un volume inhabituel de mises dans les heures précédant l’annonce des résultats de l’élection générale de dimanche.
Selon le diffuseur portugais Renascença, plus de 4€ millions (soit environ 4,3$ millions) ont été misés sur les marchés présidentiels de Polymarket durant ce court laps de temps. Cette envolée soudaine des volumes a suscité des inquiétudes quant à une possible utilisation de sondages de sortie des urnes divulgués ou d’autres informations non publiques.
Une poussée brutale en faveur d’António José Seguro
À l’issue du premier tour, le candidat du Parti socialiste d’opposition, António José Seguro, est arrivé en tête avec 31% des voix, devant le candidat d’extrême droite André Ventura (Chega), deuxième avec 24%. Aucun des deux n’ayant atteint la barre des 50%, un second tour — ou « run-off » — sera organisé, auquel seuls les deux premiers seront autorisés à se présenter.
Le jour de l’élection, la probabilité implicite de victoire de Seguro sur Polymarket s’établissait autour de 60% en début d’après-midi. Vers 18h, soit environ une heure avant la fermeture des bureaux de vote, ses cotes ont grimpé à près de 95%. Après la diffusion de projections issues de sondages de sortie des urnes, mais avant l’annonce officielle des résultats, ces probabilités ont même frôlé les 100% sur la plateforme.
À ce stade, aucune preuve ne permet d’affirmer qu’il y a eu délit d’initié. La diffusion des projections coïncide avec la variation brutale des cotes, ce qui suggère que le marché a simplement réagi très rapidement à de nouvelles informations. Reste à savoir si ces informations ont été diffusées de manière appropriée, une question désormais entre les mains des autorités portugaises.
Le régulateur portugais ordonne l’arrêt de la plateforme
Le régulateur des jeux portugais, le SRIJ, a confirmé avoir ordonné à Polymarket de suspendre ses opérations, la plateforme étant jugée illégale au regard des règles nationales. Celles-ci limitent les jeux d’argent en ligne aux paris sportifs sous licence, aux jeux de casino et aux courses hippiques — et non aux marchés portant sur des événements politiques.
Le régulateur a par ailleurs reconnu qu’il n’avait pris conscience de l’activité de Polymarket que récemment.
Une pression réglementaire croissante sur les marchés prédictifs
Le Portugal rejoint ainsi une liste de plus en plus longue de juridictions qui examinent de près les marchés prédictifs politiques opérant en dehors des cadres traditionnels du jeu et de la finance.
Polymarket a déjà fait face à des actions réglementaires ailleurs, notamment aux États-Unis, où la plateforme a conclu en 2022 un accord avec la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) concernant des contrats événementiels non enregistrés, et s’est engagée à bloquer l’accès aux utilisateurs américains.
Avant la dernière élection présidentielle américaine, la CFTC a également poursuivi la plateforme concurrente Kalshi afin de l’empêcher de proposer des contrats liés aux résultats électoraux, estimant que ces marchés violaient le droit américain des matières premières. Un tribunal fédéral a toutefois refusé d’accorder l’interdiction demandée.
Polymarket et Kalshi défendent leurs marchés électoraux, qu’ils présentent comme des outils utiles pour anticiper les résultats politiques et couvrir les risques politiques. Leurs détracteurs estiment au contraire qu’il s’agit de jeux d’argent déguisés et mettent en garde contre un possible affaiblissement de la confiance dans les processus électoraux.
En résumé
Le Portugal a ordonné à Polymarket de cesser ses activités après qu’environ 4€ millions ont été misés juste avant l’annonce des résultats de l’élection générale. La flambée des volumes et des cotes en faveur d’António José Seguro a attiré l’attention du régulateur, qui juge ces marchés politiques illégaux. Cette affaire s’inscrit dans un mouvement plus large de durcissement réglementaire visant les plateformes de paris prédictifs à travers le monde.


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