Un an après l’ouverture officielle de son marché le 1er janvier 2025, le Brésil dresse un premier bilan contrasté : l’écosystème régulé a pris, vite et fort, mais son atterrissage en 2026 dépendra de décisions fiscales et publicitaires encore mouvantes… Tandis que les acteurs saluent une professionnalisation accélérée, le régulateur peaufine ses FAQ et ses procédures. Reste, malgré tout, un caillou dans la chaussure : la canalisation vers l’offre légale, toujours menacée par le marché illégal et par d’éventuels relèvements d’impôts.
Brésil : un marché iGaming lancé tambour battant, mais l’offre illégale résiste
Au coup d’envoi, 14 opérateurs détenaient une licence complète. Aujourd’hui, ils sont plus de 80 à évoluer dans un cadre légale, autorisation fédérale en poche. Le démarrage a toutefois été heurté par la friction KYC (reconnaissance faciale, pièces renforcées, etc.), mais les parcours se sont sensiblement fluidifiés au fil de l’année, à la fois côté joueurs et prestataires d’identification.
Le principal sujet d’inquiétude reste l’offre illégale, encore créditée de 41 % à 51 % de parts de marché selon les estimations citées par notre confrère iGaming Business. Le blocage de milliers de sites a eu un effet limité : les spécialistes appellent à couper le circuit financier des opérateurs non autorisés, en s’appuyant notamment sur Pix, l’infrastructure de paiement reliée à la Banco Central do Brasil (BCB), pour tracer et tarir les flux. Autrement dit : il serait question de bloquer les paiements, plus que les noms de domaine illégaux.
Côté fiscalité, l’année s’est terminée sous haute tension. Le gouvernement a envisagé de porter la taxe opérateur (PBJ) au-delà des 12 %, avant d’atterrir sur une hausse graduelle pressentie : 13 % en 2026, 14 % en 2027, 15 % en 2028. Plus controversée encore, la contribution CIDE-Bets — une taxe de 15 % sur les dépôts des joueurs —, a franchi une nouvelle étape au Sénat en décembre dernier. Si celle-ci venait à entrer en vigueur début 2026, la canalisation pourrait s’effondrer, préviennent les analystes. En parallèle, le pays a fixé l’IRPF des joueurs à 15 % sur les gains nets au-delà du seuil d’exonération annuel, consolidant le cadre côté parieurs.
Prévisions en 2026 : consolidation en vue et ligne rouge de la canalisation
Côté marques, les données reprises par iGaming Business laissent entrevoir un top 3 — Betano, Superbet, Bet365 —, pesant 47 % du marché, prélude à une concentration plus large : coûts de conformité et concurrence publicitaire pousseront les acteurs de second rang à s’adosser… ou à quitter le terrain. Le mouvement est déjà visible avec des opérations de M&A destinées à sécuriser part et distribution, à l’image de Flutter qui a mis la main sur Betnacional pour accélérer sa présence sur le marché brésilien.
Deux variables dicteront la trajectoire de 2026. D’abord, l’arsenal anti-illégal, plus crédible s’il cible les paiements que s’il s’en tient au blocage de DNS. Ensuite, le paquet réglementaire restant : si la taxe sur les dépôts est abandonnée et que la hausse du PBJ reste graduelle, le marché peut consolider les fondations déjà posées en 2025. Dans le cas inverse, la pression fiscale pourrait renvoyer les joueurs vers l’offre illégale, sabrant la canalisation et l’assiette fiscale tant promises.


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